La justice française a ordonné, lundi 31 mars 2025, le renvoi en correctionnelle pour homicides involontaires de l'ex-patron de la compagnie aérienne Flash Airlines, principalement accusé d'avoir négligé la formation de ses pilotes dans l'affaire du crash du vol 604 à Charm el-Cheikh (Égypte), qui avait fait 148 morts dont 135 français le 3 janvier 2004.
Mohamed Nour sera jugé par le tribunal correctionnel de Paris pour homicides involontaires pour avoir « créé ou contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage et/ou en n'ayant pas pris les mesures permettant de l'éviter ». (Note : On peut faire la même affirmation pour le directeur général de l’Aviation Civile (DGAC) à l’époque Michel Wachenheim, qui a accordé les droits de trafic à cette compagnie poubelle.)
Une première enquête s'était conclue par un non-lieu en 2017 puis la cour d'appel de Paris avait ordonné en 2019 la reprise des investigations par des juges parisiens du pôle accidents collectifs. Mohamed Nour avait fini par être mis en examen mi-décembre 2021 pour homicides involontaires : « déficit de formation des pilotes, non-respect des temps de repos des pilotes, négligences, à-peu-près, opérations escamotées, procédures imparfaitement suivies, mauvaises habitudes non corrigées, dérives banalisées, pratiques non sécurisantes explicitement et implicitement admises », selon les magistrats.
Rappel :
Le 3 janvier 2004, le Boeing 737 SU-ZCF du vol Flash Airlines 604, affrété par le Tour Opérateur FRAM, s’écrasait dans la Mer Rouge faisant 148 victimes.
Flash Airlines était une compagnie aérienne privée égyptienne basée au Caire qui possédait deux Boeing 737 qu'elle utilisait pour des vols charter en Égypte et à destination de la France et d'autres pays européens.
Flash Airlines ne respectait pas la réglementation égyptienne notamment en matière d’entretien des avions et du suivi de la maintenance, de recrutement et de formation des pilotes ou de temps de travail de ses équipages.
L’administration de l’aviation civile égyptienne a prouvé dans ce drame qu’elle avait fait preuve de complaisance envers cette compagnie poubelle.
Le 27 avril 2002, lors d’un contrôle d’un avion de la compagnie par l’OFAC, l’administration suisse, 11 anomalies étaient répertoriées dont 6 de niveau 3 et 2 de niveau 2 : documents de navigation manquants, calculs des quantités de carburant nécessaire au vol non établis en fonction des normes internationales, signalisation des sorties de secours hors d’usage, défauts dans l’entretien du train d’atterrissage avant ainsi que d’un réacteur et des commandes de vol. Une constatation de niveau 3 est toujours (devrait toujours être…) une préoccupation majeure pour les Autorités nationales de l’aviation concernées.
Le 11 octobre 2002, au cours d’un nouveau contrôle opéré sur un autre avion, l’OFAC constatait 14 anomalies répertoriées (7 de niveau 3, 2 de niveau 2, 5 de niveau 1) et bannissait alors les avions de Flash Airlines et en informait tous les pays européens.
On connait hélas la suite. La DGAC, par manque d’informations ou de rigueur, a continué d’autoriser les avions de cette compagnie à se poser sur le territoire français, FRAM a affrété un avion de Flash Airlines et le vol 604 a lieu...
Le 11 février 2004, Michel Wachenheim, alors directeur général de l’aviation civile française (DGAC), avait déclaré de façon arrogante devant la Mission d’informations sur la sécurité du transport aérien de voyageurs (rapport n°1717) :
« Les Suisses ont décidé d'interdire cette compagnie. Mais, je le dis clairement, si nous avions fait les mêmes contrôles en France, nous n'aurions pas interdit la compagnie »
« Il n’y avait aucune raison objective de ne pas avoir confiance dans l’autorité de l’aviation civile égyptienne »
Michel Wachenheim : 2002, directeur général de l’aviation civile (DGAC) - 2007, directeur général de l’IGN - 2007, directeur du cabinet du Secrétaire d’État aux Transports et directeur-adjoint du ministre de l’Écologie, de l’énergie, du développement durable et des transports - 2009, ambassadeur à l’OACI - 2013 Président de L'Assemblée de l'OACI - 2014 à 2020 Conseiller spécial du PDG d'Airbus, Président Aviation MW Conseil.

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